Retour sur les promesses faites au Tiers monde

 

      La Terre compte à ce jour 6 milliards d'habitants dont plus de huit cents millions connaissent la famine; notamment en Asie et en Afrique. La croissance démographique fait l'objet de nombreux débats et soulève le problème crucial de la nourriture mondiale, qui a ses limites. Le génie génétique représenté par la biotechnologie est un facteur scientifique générateur d'espoir, pour réduire ou même éradiquer la faim dans le monde. De nombreux projets prometteurs ont été envisagés pour tenter de répondre aux problèmes de la famine dans les pays du Sud. Quelles ont été ces promesses et qu'en reste-t-il à présent?


     Une convention de la CNUED (Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement) réunit à Rio de Janeiro en 1992, avait émis certaines préconisations à propos des OGM: ils apporteraient un meilleur rendement (cf sous partie a)), permettraient une amélioration de la qualité des produits, une meilleure résistance au virus, une meilleure assimilation des nutriments organiques pour les plantes, ou encore une reprise en compte des cultures négligées. Cette convention, dans l'un de ses articles, rappelait l'importance d'une rénumération qui serait attribuée aux pays les moins avancés (PMA) et aux pays en développement (PED), pour leurs dépenses dans le matériel génétique. Ces promesses n'ont pas été tenues. A plusieurs reprises, dans ces conventions et réunions, il a été souligné que la population souffrant de malnutrition, essentiellement des enfants de moins de 20 ans, devait être réduite de moitié grâce au génie génétique. Cette biotechnologie laisse espérer un apport de solution avantageuses pour l'humanité. Cependant, de nombreux problèmes subsistent encore.
     Si la recherche génétique est aujourd'hui beaucoup utilisée pour les pays du Nord, pour ceux du Sud, les données sont différentes. Les raisons de ces différences sont surtout d'ordre économique et souvent dues à des difficultés techniques.



     Les engagements des sociétés multinationales en biotechnologie et l'espérence des ONG humanitaires luttant contre la famine n'ont pas vu leurs efforts reconnus pour l'instant. En effet, la culture de plants OGM vers les pays du Tiers monde soulève de nombreuses interrogations auquelles aucune réponses appropriées ne semblent s'appliquer.
     Ainsi, il faut se souvenir que pour l'instant, les chercheurs ont du mal à isoler les gènes particuliers actionnant les propriétés utiles aux PED. De même, si on imagine que grâce à d'importants progrès scientifiques, on parvienne d'ici quelques années à produire des plantes qui améliorent le quotidien alimentaire des pays du Sud, il semble avéré que les PED ne seraient pas assez riches et ne possèderaient pas les structures suffisantes pour cultiver durablement des OGM.
    Déjà en 1993, la CNUED avait estimé le coût de son programme à vingt milliard de dollars. La condition pour la mise en oeuvre de ce programme était que gouvernement, secteurs privés et de recherches, ONG et institutions internationales s'entendent pour cette réalisation. A ce jour, cette entente reste une chimère. On ne parviendra jamais à fédérer tout ce monde car les intérêts sont trop différents, notamment la recherche de rentabilité qui reste primordiale pour les multinationales. Par conséquent, un marché mondial mal orienté ne permet pas l'accès aux OGM à ceux qui en ont le plus besoin. De plus, l'importation des OGM représente un risque véritable sur l'élimination des variétés de plantes traditionnelles pourvues d'un patrimoine génétique ancestral.
    D'autres problèmes opposent les pays du Nord et du Sud accentuant davantage leur désaccord. Ainsi, une des points de désaccord est la brevetabilité du vivant. Depuis le début des recherches, tout organisme génétiquement modifié peut être protégé par un brevet; l'espèce appartient alors à son détenteur, personne ne peut plus l'exploiter librement. Cette approbation prive les PED du libre accès à un patrimoine génétique qui pourtant appartient à toute l'humanité.
    Dans cet optique, si les pays du Nord s'approprient une part trop importante du matériel génétique mondial, qui est centralisé dans les pays du Sud qui possèdent 80% de la biodiversité mondiale, dont 35 000 espèces végétales médicinales, la stabilité économique des PED sera compromise. Soulignons qu'à cause de la biotechnologie, certaines denrées qui étaient uniquement produites par les pays du Sud, sont à présent fabriquées industriellement. Par exemple, la vanille, qui était une richesse de Madagascar et de l'Indonésie, est actuellement fabriquée artificiellement à partir d'essence de pin à un coût quarante fois inférieur au coût des cultures traditionnelles. Plusieurs autres denrées végétales risquent le même sort tel que le tabac, le beurre de cacao, la gomme arabique etc.
     D'autre part, la plus grande menace d'exploitation pour les pays du Sud est la stérilisation des semences. En effet, par extension, les grandes firmes asserviraient les agriculteurs. Normalement, les graines sont achetées et semées par les agriculteurs. Après la récolte, ils conservent une partie des graines pour les resemer. C'est une garantie d'indépendance et d'économie financière. Alors que les semences achetées aux firmes industrielles ne produiront qu'une récolte, car les graines des plantes seront stériles après récolte. Ainsi, cela oblige les paysans à acheter de nouvelles graines chaque année d'où le monopole des multinationales semancières sur leur technologie. Le profit des uns augmente la pauvreté des autres...
     En supplément des problèmes déjà évoqués, l'arrivée des OGM bouleverse le mode de vie proche de la nature des peuples du Tiers monde. Leur vie se trouvera profondément modifiée, elle sera plus dépendante et plus liée au progrès ou aux risques engendrés par la biotechnologie. Bien que les scientifiques soutiennent que l'introduction des plantes et aliments transgéniques aura des effets positifs, que restera-t-il de l'évolution naturelle de ces pays? De leurs traditions et moeurs perturbées par cette occidentalisation trop rapide?


     L'avis des scientifiques se trouve chahuté par les plaintes répétées d'une population mal préparée à l'arrivée dans leur quotidien des OGM. Pour les autochtones, la terre reste le don du ciel le plus précieux. Une terre se transmet de génération en génération, elle symbolise la tradition, l'éternité. La culture des légumes est le fruit du travail des hommes avec les aléas liés aux caprices de la nature. Aujourd'hui avec la biotechnologie, ces champs ne risquent-ils pas d'apporter de nouvelles contagions, sans doute durables, venant s'ajouter aux problèmes déjà supportés?
     Dans ces pays, les travaux agricoles sont ressentis comme une cérémonie. La cohésion des agriculteurs est essentielle car elle témoigne de leur reconnaissance envers les dieux de possèder cette terre. Ces traditions et ces actes sacrés seront-ils menacés par l'arrivée de la biotechnologie?

 

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